Accueil
5 min

Peut-on rire de la crise environnementale ?

À ton avis ?
  • Oui !
  • Non !
  • Euh...

On a posé la question à 4 personnes qui parlent d’écologie en faisant de l’humour (oui oui, ça existe). Voilà leurs réponses ✨

Marion de @NouvelleEmpreinte

Quand j’ai lancé le compte Nouvelle Empreinte, je voulais sortir de l’étiquette « écolo = chiant ». Je voulais toucher une autre cible, des gens qui ne se sentaient pas concernés par l’environnement mais qui pouvaient trouver ces sujets cool.

L’humour est un vrai outil pour sensibiliser, surtout les personnes plus jeunes (mais pas que, j’ai aussi des cinquantenaires qui sont fans du ton de ma newsletter). Ça permet de dédramatiser, de mieux faire passer l’info. Et en général ça colle avec les formats favorisés par les réseaux sociaux, comme la vidéo courte, donc ça permet de remonter dans l’algorithme et mieux mettre en avant ces sujets.

Essayer de faire rire sur ces sujets m’a peut-être permis, inconsciemment, de prendre plus de recul, de moins être dans le côté hyper anxiogène.

Je galère pas trop à tourner mes sujets de manière drôle, même si souvent c’est de l’humour un peu sarcastique. Surtout cet été, quand j’ouvrais Instagram c’était mauvaises nouvelles sur mauvaises nouvelles. Moi-même je trouvais que mes contenus devenaient un peu trop dark. Mais jamais personne ne m’a dit « c’est pas drôle en fait, arrête ». Les gens sont plutôt « je sais pas s’il faut en rire ou en pleurer ».

Je me pose pas trop de question au moment de faire mes sujets, je ne m’interdis rien, s’il y a une limite elle vient naturellement. Par exemple, s’il y a des vies humaines en jeu… Mais je me fais confiance, la distinction se fait au feeling.

Nicolas Meyrieux

À la base, je faisais du stand-up et j’essayais juste d’être drôle. C’est en voyant le film Océans en 2011 que je me dis « ok l’être humain est en train de creuser sa propre tombe et personne n’en parle, moi j’ai la chance de pouvoir toucher des gens, je vais parler de ça ».

Ça n’a pas été simple. Quand j’étais sur scène au Paname Art Café par exemple, mes potes me disaient : « C’est pas marrant, pourquoi tu parles de ça ? »

Évidemment c’est plus facile de faire des blagues sur Tinder que sur le changement climatique.

Pourtant, les vidéos de ma chaîne La Barbe ont fait des dizaines de milliers de vues, alors que je parlais que de sujets anxiogènes. Je ne comprenais pas pourquoi ça marchait aussi bien, mais en fait les gens m’ont dit « on te regarde juste parce que t’es marrant ». C’était l’humour la porte d’entrée !

Ça a un effet libérateur pour les gens, c’est sûr. Pour moi c’est plutôt l’inverse : ça m’a vraiment déprimé, parce que pour préparer mes sujets je lisais les rapports, je me prenais toutes les infos brutes dans la gueule. Et après il fallait que j'adoucisse la réalité avec des blagues, pour que les gens s’y intéressent sans justement avoir à se taper ces fameux rapports. Je le faisais vraiment en mode sacrifice.

Tahnee

C’est pas venu tout de suite, parce que les premières choses dont je voulais parler c’était plutôt les sujets LGBT, féministes et antiracistes. Mais au fil de mes réflexions et ma prise de conscience écologique, et comme je parlais de différents combats dans mon spectacle, ça m’a paru naturel de parler de ce combat là aussi, qui est d’actualité et qui nous concerne tous·tes.

Quand je commence à parler d’écologie, j’ai l’impression que ça crispe les gens.

Soit parce qu’ils se disent « ah encore quelqu’un qui va nous prendre la tête sur l’écologie alors qu’on est là pour rire », soit parce qu’ils se sentent déjà très concernés sur le sujet et donc ça les angoisse encore plus.

C’est un sujet vraiment dur. Les humoristes qui l’abordent restent dans un humour très noir, comme Anne Cahen, ou alors en mode déculpabilisant « allez c’est dur mais on fait des efforts ». En tout cas c’est un sujet de plus en plus présent dans les sketchs et les plateaux de stand-up, beaucoup de gens veulent en parler !

Albin de @MalheursActuels

Ça fait quelques années que je bosse sur les discours environnementaux, y compris ce qui circule sur les réseaux sociaux, et je vois bien qu’en fait tout est très sérieux. On en sature un peu. L’idée avec Malheurs Actuels c’était d’aller dans la parodie, la satire, pour sensibiliser différemment.

On a besoin de rire de choses graves. On peut rire de situations de discrimination, ou de de maladie, donc pourquoi ne pas rire du climat ? C’est susciter de l’émotion intime. On reçoit des commentaires de gens qui disent qu’il vaut mieux en rire, que nos contenus les aident. Nos posts sont partagés et vont toucher des personnes moins convaincues, et qui ne se seraient pas laissées toucher par d’autres formes de contenus. Tout est bon à prendre !

On fait appel à plusieurs formes d’humour, moi j’aime bien ce qui un peu border, à la Black Mirror, ou des trucs plus poétiques. Y a même des moments où on est court-circuité par le réel.

On a un stock d’idées d’articles, de brèves qui ne désemplit pas. Il suffit d’observer la réalité pour voir que le monde se « gorafise ».

De temps en temps des gens viennent nous dire qu'on ne peut pas rire de tout. C’est le jeu des réseaux sociaux. Certains prennent aussi au mot ce qu’on écrit et c’est très drôle : par exemple, sur le post d'interdiction des appareils à raclette, on a eu des réactions premier degré très virulentes !

Faut-il arrêter de parler QUE de mauvaises nouvelles quand on parle d'environnement ?

Pour retrouver les personnes interviewées :

  • Tahnee, l’autre est sur scène tous les mercredis à la Nouvelle Seine, à Paris
  • Nicolas Meyrieux revient fin novembre avec son dernier spectacle à Paris avant d’entamer une tournée dans des fermes en 2023
  • Tu peux retrouver Nouvelle Empreinte et Malheurs Actuels sur les réseaux sociaux

Leurs recos de comptes/personnes drôles et écolo à suivre :

smiley
D’autres comptes rigolo / humoristes qui parlent d'écologie à partager ?
author image
Esther Meunier
À la recherche de bonnes nouvelles
author image
Pauline Vallée
Voisine de Totoro