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Manger du poisson, c'est mauvais pour la planète ?

Si ça commence à se savoir que manger de la viande c'est pas ouf pour l'environnement, l'impact du poisson fait beaucoup moins parler. Pourtant, on en mange de plus en plus, donc c’est un sujet sur lequel il faut se pencher !

La production de poisson entre les années 1950 et 2018 :
  • A été multipliée par 2
  • A été multipliée par 5
  • A été multipliée par 9

Du coup est-ce que tes maki thon-avocat ou tes sardines au barbuc' sont mauvais·es pour la planète ? Par là pour en finir avec ce suspense insoutenable 👇

L'impact de la pêche sur la biodiversité

La surpêche

Un des principaux problèmes liés à la consommation de poisson c'est... la surpêche (facile) → en gros, c’est le fait de pêcher trop de poissons, ce qui fait que les populations ne peuvent pas se renouveler et diminuent.

Quelle part des populations de poissons sont surexploitées ?
  • 6%
  • 34%
  • 67%

Mais ça dépend des endroits, et des populations de poissons ! Par exemple :

  • 43% des stocks de poisson sont surexploités dans l’Atlantique, contre 83% en Méditerranée 🤯
  • La morue de la mer du nord est surexploitée, mais la morue de la mer de Barents va à peu près bien 🤷‍♀️

Cette surexploitation met en danger certaines espèces trop pêchées → le thon rouge, l’anguille d’Europe, le saumon de l’Atlantique par exemple… Mais c’est aussi un problème pour certains mammifères ou oiseaux marins qui n’ont plus de quoi se nourrir (pauvres manchots 😭) !

Info bonus : toutes les espèces ne sont pas étudiées. L’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) estimait en 2020 que sur 330 espèces pêchées en France chaque année, seules 74 sont évaluées. Ça veut dire que pour les autres… on sait pas si elles sont surexploitées ou pas 👀

La pêche non sélective

Autre problème : parmi toutes les techniques de pêche qui existent, certaines ne sont pas « ciblées » : ça veut dire qu’elles capturent tout ce qui passe, et pas seulement l’espèce recherchée ou celle qui doit être commercialisée (c’est le cas des filets, des chaluts, des différentes types de sennes…).

Résultat : on pêche des poissons et autres animaux marins (genre des tortues, des dauphins…) qu’on veut pas et qui sont le plus souvent relâchés morts ensuite #Yes

Les techniques de pêches destructrices

En plus d’être non ciblées, certaines méthodes de pêche détruisent carrément les fonds marins, et toutes les espèces qui y vivent ☹️

Par exemple les chaluts de fond, ou les dragues : ça racle littéralement le fond des océans pour en sortir des coquillages ou pour capturer des poissons sur la surface la plus large possible.

Ces écosystèmes qui abritent des vers marins, des coraux, des éponges (« comme des forêts animales » d’après le chercheur de l’IRD Philippe Cury) sont dévastés par ces techniques pourtant encore largement utilisées.

La pollution plastique

Un autre problème est soulevé par la pêche : une quantité colossale de cordes, filets et autres casiers de capture sont perdus et abandonnés en mer. C’est un double problème car :

  • Ça crée de la pêche « fantôme » : des animaux piégés mais jamais vraiment pêchés…
  • Ça crée de la pollution plastique (et ça c’est pas ouf ) !

L'aquaculture : pas super non plus pour l'environnement

Quelle part des poissons mangés sont des poissons d’élevage ?
  • 6%
  • 26%
  • 52%

Le chercheur Philippe Cury estime que quand on achète de la dorade, du saumon ou du bar par exemple, il y a de très fortes chances pour que ce soient des poissons d’élevage. Et l’élevage, ça pose plusieurs problèmes 😬

Nourrir les poissons d’élevage… avec d’autres poissons

On pourrait penser que les poissons d’élevage c’est mieux car au moins ça ne contribue pas à la surpêche. Sauf que (évidemment) beaucoup de ces poissons d’élevage sont des poissons qui se nourrissent d’autres poissons (genre du saumon ou de la morue, qui mangent en théorie des anchoix, sardines, maquereaux). Eh oui.

Et où est-ce que les aquaculteur·ices vont les chercher ceux-là ? En les pêchant, avec tous les problèmes que pose la pêche donc.

L’aquaculture : d’autres impacts

Ces poissons d’élevage créent aussi des problèmes de pollution, à cause notamment des médicaments qu’on leur donne pour qu’ils ne soient pas malades, mais aussi à cause de tous les déchets organiques qu’ils produisent (leurs déjections qui sont très concentrées quoi. Miam).

Sans parler de l’espace nécessaire à toute cette aquaculture (pareil que pour les élevages sur terre quoi).

Et l'empreinte carbone de la consommation de poisson dans tout ça ?

Il faut pas oublier l’atmosphère et le climat avec tout ça (ça n’en finit paaas) ! Parce que la production de poisson, ça a bien une empreinte carbone* importante. En cause :

  • Tout le carburant utilisé pour les bateaux qui vont pêcher en mer (au point qu’avec l’augmentation des prix du carburant, certains chalutiers ne sont plus rentables 🚢💨)
  • Tout ce qui est émis pendant le transport du poisson car c’est une marchandise qui est beaucoup exportée (parfois, une crevette pêchée en Atlantique va être envoyée en Asie pour être décortiquée puis ramenée en Europe pour être mangée) → environ 1 poisson sur 2 est exporté à un moment explique Philippe Cury !
  • Sans compter que les méthodes de pêche qui labourent le fond des océans (les chaluts et les dragues dont on parlait au dessus) libèrent en même temps du carbone qui était stocké dans le sol !

Les estimations sont compliquées à faire, mais il semblerait que la production de poisson soit un gros gros émetteur, potentiellement autant que l’aviation 😢

Limiter l'impact environnemental du poisson : y a des solutions ?

Plusieurs choses qui pourraient être mises en place à grande échelle déjà :

  • Cesser de subventionner (= de donner des sous) à des géants de la pêche qui utilisent des techniques nocives pour la biodiversité comme pour le climat → donc tout ce qui est chalut etc.
  • Privilégier les techniques de pêche durable comme la pêche à la ligne, aux casiers, ou la pêche à la main → ça permettra aussi de soutenir les petits pêcheurs et la pêche artisanale et moins les grosses industries destructrices
  • Installer des caméras pour surveiller que les réglementations sont respectées sur les bateaux de pêche
  • Développer le matériel de pêche biodégradable
  • Rendre les zones protégées vraiment protégées des techniques de pêche destructrices (parfois, la chalutage est encore autorisé dans certains types de « zones protégées »)

Et à ton niveau, tu peux aussi :

  • Réduire ta conso de poisson (aujourd’hui dans le monde, on consomme en moyenne 20kg de poisson par personne et par an, et en France c'est entre 30 et 50 alors qu'il faudrait descendre à 8 !) → ici on te donne des conseils pour réduire ta conso de viande, ça marche pareil pour le poisson !
  • Respecter les saisons des poissons, parce que oui, il y en a.
  • Favoriser la pêche locale, donc en Europe l’Atlantique plutôt que le Pacifique par exemple
  • Privilégier les petits poissons : beaucoup de poissons très consommés sont en fait des poissons prédateurs. Et ça, c’est pas très efficace d’un point de vue énergie → ce sont des poissons qui ont eux-mêmes mangé des plus petits poissons… alors que ces petits poissons pourraient être consommés direct (pour Philippe Cury, c’est comme si on mangeait du lion plutôt que du poulet !)
Océans et changement climatique : pourquoi on peut leur dire merci

Interview de Philippe Cury, chercheur à l’IRD
Interview d'Aurore Toulot, de l’association Itsas Arima
FAO - La situation mondiale des pêches et de l’acquaculture 2020
Bloom - Surpêche et pêche durable
Bloom - L’empreinte carbone de la pêche
Bloom - Le secteur de la pêche en France
The conversation - Un filet de pêche biodégradable pour limiter la pollution plastique
BBC - Fish « not as carbon friendly » than previously thought

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Esther Meunier
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