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Est-ce qu’on peut encore parler sereinement d’écologie ?

Tu t’es déjà pris la tête avec quelqu’un sur un sujet écolo ?
  • Oui 😭
  • Quelques discussions tendues 😇
  • Nope j’évite le conflit 😬

En quoi c’est compliqué de parler écologie aujourd’hui ?

Y a quelques semaines, on vous a demandé si vous, à titre perso, vous trouviez ça difficile de parler écologie. Et pas loupé : vous avez été pas mal à nous dire que oui !

Conflits dans le couple, en famille, débats sur les sources d’info des un·es et des autres, sentiment d’éco-anxiété accentué… C’est pas la joie 😭

On a regardé vos réponses avec Sandra Hoiban (directrice du Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de vie). Elle a analysé l’ambiance du débat public sur les sujets écolo, et son premier constat va peut-être t’étonner.

« La question c’est : de quoi parle-t-on ? Si on parle de l’inquiétude par rapport à la dégradation de l’environnement, il y a une forme de consensus. Tout le monde est à peu près d’accord sur le fait qu’il y a des choses qui ne vont pas. »

En fait, d’après elle, c’est plus dans le détail que se créent les conflits : est-ce qu’on est inquiet de la chute de biodiversité, ou de la pollution de l’air, ou de l’empreinte carbone, et comment on agit… Et cette sensibilité change en fonction des personnes ☝️

Quels sont les gros clivages sur les questions écolo ?

Selon Sandra Hoiban, il y a deux gros clivages :

  • la génération
  • le niveau de diplôme / de revenu

Même si bien sûr il y a des variations au sein même de ces groupes → les priorités sont différentes d’un groupe à l’autre.

Écologie : un clivage générationnel ?

Par exemple, chez les jeunes, les principaux sujets d’inquiétude, et les actions qui en découlent, seraient plutôt :

Alors que les plus âgés auraient d’autres priorités :

La viande/le végétarisme ont par exemple été mentionnés dans l’un des témoignages qu’on a reçus :

« J’ai toujours l’impression que je dois me justifier sur mon végétarisme, et le reste de ma famille a aussi l’impression de devoir se justifier. »

C’est un cas typique pour Sandra Hoiban : « Dans notre société, on a éloigné les animaux qu’on mange, aujourd’hui on consomme des steaks sous barquette, on ne voit même plus les animaux qui pendent dans les boucheries, donc les personnes végétariennes par leur simple existence rappellent aux autres qu’on mange un animal mort et que ce n’est pas évident. »

Et ça illustre très bien le clivage générationnel justement : une partie des jeunes ont conscience de l’impact de la viande, mais les plus âgé·es ont un attachement plus grand à sa consommation parce qu’ils ont grandi avec, donc c’est plus difficile de s’en détacher 🤷‍♀️

À l’inverse, les jeunes trient et recyclent moins bien leurs déchets « même si ça peut être lié aux cycles de vie : c’est plus facile d’avoir plusieurs poubelles quand on vit dans une maison que dans un studio d’étudiant·e ».

Écologie : un clivage sur la justice sociale ?

D’après Sandra Hoiban, il y a aussi une vraie question sur la répartition des efforts et sur qui doit en faire la plus grosse part.

C’est par exemple ce qui avait mis le feu aux poudre avec le mouvement des Gilets Jaunes : « Ce mouvement ne se voulait pas anti-écolo, mais s’indignait qu’on taxe les gens sur leurs trajets quotidiens à travers l’essence, alors que le kérosène pour les avions n’était pas taxé » rappelle-t-elle 😶

L’écologie : un sujet politique comme un autre

Finalement, comme le rappelait très bien un des témoignage reçu : « L’écologie est politique, donc forcément conflictuelle puisqu’on parle des modes de vie de chacun·e, de l’économie, de l’emploi, de la santé… »

Comme pour le reste des sujets politiques, c’est normal que tu sois pas d’accord avec les autres, surtout sur la priorité à donner à certaines actions par rapport à d’autres.

Pour Sandra Hoiban, « les conflits sont aussi un bon signe démocratique, mais il faut des espaces où ils puissent s’exprimer de manière sereine et déboucher sur des compromis ». Traditionnellement, c’est la représentation démocratique (avec les élections, le gouvernement, etc) qui permettait de résoudre ces conflits, mais le problème actuellement c’est qu’elle n’est plus jugée légitime par une partie de l’opinion publique. 52% des Français·es n’ont pas confiance en l’institution présidentielle par exemple, et 55% n’ont pas confiance en le président de la République.

Débattre d’écologie sereinement : y a des solutions ?

  • Une piste pour guider le débat public pourrait être de se baser sur les ordres de grandeur, sur ce qui a le plus d’impact en gros. Pour appliquer ça à l’échelle individuelle, tu peux regarder les principaux leviers d’action qui sont l’alimentation, les transports et le logement.
  • Parmi les témoignages reçus, il y avait aussi quelques idées pour que les débats se passent mieux, tout simplement. Par exemple : « être diplomate » (tout bête mais important, allez, on inspire, on expire) ou « convaincre en douceur en faisant vivre aux gens une expérience positive, par exemple avec un bon plat végé ou vegan » !
  • Pour aller plus loin, tu peux lire cet article sur Comment parler écologie sans ruiner une réunion de famille : on avait interviewé la psychologue Lolita Rubens qui te donne 5 tips pour que ça se passe le mieux possible !
T'es face à un climatosceptique : tu lui réponds quoi ?

Interview de Sandra Hoiban, directrice du CREDOC
Fondation Jean Jaurès - Enquête climat : l’opinion dans 30 minutes
CEVIPOF - Baromètre de la confiance politique (juin 2022)

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Esther Meunier
À la recherche de bonnes nouvelles