Comment expliquer que compenser ses émissions de vol d'avion, ça marche bof

3 min
Esther Meunier

« Les voyages forment la jeunesse », il paraît. Mais ceux effectués en avion ne sont pas forcément bons pour son avenir ☹️

Un aller-retour Paris / New-York c’est environ…
  • 500 kg de CO2e*
  • 1 tonne de CO2e
  • 2 tonnes de CO2e

Pour avoir un peu moins d’impact tout en continuant de voyager, beaucoup de compagnies aériennes proposent maintenant à leurs passagè·res de « compenser » leurs voyages.

Comment ça marche : il faut payer un peu plus et cet argent est utilisé pour planter un arbre pour que les gaz à effet de serre émis par ton vol soient ensuite absorbés par cette jeune pousse !

Problème : c’est pas si efficace que ça 😬

→ Si jamais un·e de tes potes pense que son Paris-Budapest pour le week-end a peu d'impact grâce aux 2€ en plus sur son billet : petit argumentaire pour lui expliquer comment ça marche en vrai ⬇️

Argument n°1 : l’arbre va mettre des dizaines d’années à absorber le carbone émis en quelques heures par un vol

Le principal défaut de la compensation carbone, c’est sa temporalité :

« Concrètement aujourd’hui quand on plante un arbre, il va lui falloir plusieurs dizaines d’années pour grandir et absorber une quantité de carbone équivalente à un vol en avion. »
Sylvain Angerand, de l’association Canopée
Argument n°2 : On n’a pas ces dizaines d'années devant nous 🤷

Le climat n’attendra pas des dizaines d’années pour s’emballer : les émissions de gaz à effet de serre d’aujourd’hui auront des conséquences bien avant que l’arbre planté pour les compenser ne les ait toutes absorbées…

Et des conséquences qui pourraient être dramatiques d’après Sylvain : « On risque d’atteindre un seuil de température à partir duquel les forêts relâchent du carbone au lieu d’en absorber ! »

Parce que oui, quand l’air se réchauffe, la façon dont l’arbre fait sa photosynthèse* est modifiée. L'absorption de carbone n’est plus du tout efficace, pire : il en émet 🤒

Argument n°3 : En plus… cette absorption est temporaire

Eh oui : un arbre, ça meurt aussi 😢 Qu'il soit coupé, brûlé, affecté par une maladie ou qu’il meurt « naturellement », à un moment le carbone qu’il a absorbé au cours de sa vie va être relâché…

C’est donc pas un stockage permanent + au final si on continue d’émettre, le surplus dans l’atmosphère reste.

Argument n°4 : C'est même pas bien pour la biodiversité

Comme les arbres mettent du temps à absorber du carbone, les plantations qui sont réalisées pour compenser les émissions de gaz à effet de serre sont souvent des plantations d’arbres à croissance rapide (= ce qui leur permet d’absorber du carbone un peu plus vite).

Le hic : il y a du coup des étendues de pins ou d’eucalyptus tous identiques, qui en plus ne sont pas forcément des arbres locaux et ne sont pas adaptés à l’écosystème local (prairie, savane, toundra…).

Non seulement c’est pas fou pour la biodiversité, mais ça ne l’est pas non plus pour le cycle de l’eau ou les sols 😧

Argument n°5 : Et tout ça ne bénéficie pas forcément aux populations locales non plus

Souvent, les arbres voués à compenser le carbone sont plantés sans que la population locale n'ait vraiment été consultée.

→ Même si ça part d’une « bonne intention » niveau climat, c’est une façon de leur confisquer leurs terres, et d’en imposer un usage nouveau, au détriment de celui de peuples autochtones par exemple !

Argument n°6 : Du coup à quoi ça sert ? À soulager ta conscience 🙃
« La compensation carbone des vols, c’est inutile, voire contreproductif, car ça empêche de se questionner sur son voyage et sur son réel besoin de prendre l’avion. »
Sylvain Angerand

Le problème avec les voyages en avion, c’est que même si l’aviation a fait des progrès côté impact environnemental, c’est loin d’être suffisant :

  • Il y a bien les avions à l’hydrogène ou électriques, mais pour l’instant c’est très, très loin d’être opérationnel comme solution (et ça ne le sera peut-être jamais 🤷‍♀️)
  • Les mécanismes de compensation, comme tu viens de le voir, ne le sont pas non plus 👀

La seule vraie porte de sortie serait de réduire le nombre de vols…



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🧐 On fait quoi ?

Pour voyager avec moins d’impact écolo, il y a le train, le stop, le vélo, la marche, le bateau (euh pas les croisières, qui elles aussi polluent énormément) → Plein de façons de vivre des aventures sans nuire à la planète ! Pour t’inspirer :

Et plus globalement, Sylvain Angerand aime bien la solution proposée par le rapport BL évolution : rationner. Pour ça, il faudrait estimer les quantités de carbone qu’on peut se permettre d’émettre, et répartir les billets d’abord en en distribuant 2 par jeunes, puis en fonction… du hasard, avec une loterie !

Rationner les billets d’avion, bonne idée selon toi ?
  • C’est top 🤠
  • Ça me tente pas trop 😕
  • Je dois y réfléchir 🤔

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🔍 Dico

Photosynthèse : Processus réalisé par les végétaux → avec leurs feuilles, ils captent le dioxyde de carbone, puis ils utilisent l'énergie solaire pour en faire des glucides, et donc de l'énergie, pour vivre et grandir. En parallèle, ils rejettent dans l'air de l’oxygène.

CO2e : Abréviation pour « équivalent CO2 », c’est une unité de mesure pour parler des émissions de différents gaz à effet de serre avec la même unité (= grâce à cette unité, on n’est pas obligé de dire 1 tonne de CO2 + 1 tonne de méthane + 1 tonne d’azote → on peut directement dire 3 tonnes d’équivalent CO2 en quelque sorte).


👀 Sources

International Council on Clean Transportation
Aviation civile
Carbone 4
Sylvain Angerand, de Canopée
BL Evolution
Alternatives Économique
Le Monde
Slate

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Esther Meunier
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