Ces engrais qui impactent le climat, les sols, et notre santé (combo)

5 min
Pauline Vallée

D'où viennent ces engrais ?

[Mode histoire activé] Il y a fort fort longtemps, au début du XXe siècle, le chimiste allemand Fritz Haber tente des trucs dans son laboratoire.

Et un jour, boum, découverte. En associant de l’azote (N) avec de l’hydrogène (H), il réussit à fabriquer un élément chimique : l’ammoniac (NH3).

Sa découverte a été récompensée :
  • Par une boîte de chocolats
  • Par un passage au JT de 20h
  • Par un prix Nobel

C’est le début d’une révolution dans l’agriculture. Cet ammoniac de synthèse permet en effet de fabriquer des ✨engrais azotés✨ → des engrais ultra-efficaces pour nourrir les plantes.

Les plantes ont besoin de puiser de l’azote dans le sol pour pousser. En temps normal, cet azote est apporté grâce à des bactéries, du compost et/ou certaines légumineuses.

Après Fritz Haber, plus besoin de galérer à répandre du fumier dans les champs. Un peu d’engrais, et le tour est joué. Résultat, les engrais azotés se propagent à toute vitesse.

Les engrais azotés représentent plus de la moitié des engrais commercialisés dans le monde.

Comment ces engrais impactent l'environnement

Leur impact sur l’air

Les engrais azotés ont un double impact (négatif) sur le climat. D’abord, ils sont polluants à produire.

On a demandé pourquoi à Manon Castagne, chargée de campagne Agriculture aux Amis de la Terre : « On utilise du gaz comme matière première pour les fabriquer. Ça revient à dépenser l’équivalent d’un kilo de pétrole pour faire un kilo d’azote. »

Ensuite, une fois épandus sur les sols, ces engrais émettent du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. Il est le 3e gaz à effet de serre avec le plus d’impact sur le réchauffement climatique (derrière le CO2 et le méthane).

Leur impact sur l’eau

Quand ces engrais sont répandus trop généreusement, le trop-plein d’azote s’infiltre dans le sol, rejoint les nappes phréatiques et les cours d’eau. Il crée une pollution aux nitrates qui a de multiples conséquences : algues vertes envahissantes, zones mortes marines, disparition des poissons, contamination des aliments…

Leur impact sur les sols

Avant l’arrivée de ces engrais, les agriculteur·ices utilisaient de la matière organique (fumier, compost) et cultivaient des légumineuses pour nourrir les sols en azote. Comme ce n’était plus nécessaire, ils ont arrêté.

Problème → les sols ne sont plus nourris avec de la matière organique → ils s’appauvrissent → ça crée de l’érosion + des problèmes d’infiltration de l’eau.

« Ces sols deviennent des supports inertes, où les plantes sont alimentées uniquement par les engrais de synthèse. »
Manon Castagne

Leur impact sur la santé

Au contact de l’air, l’ammoniac contenu dans les engrais génère différents gaz : protoxyde d’azote, dont on te parle plus haut, mais aussi du dioxyde d’azote. Ce dernier affecterait le bon fonctionnement de nos poumons, et aggraverait certains symptômes chez les personnes asthmatiques.



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🥜 En bref

  • En Europe, la pollution due aux engrais azotés coûterait entre 31 et 144 milliards d’euros/an. Ça annulerait, voire dépasserait, les bénéfices à les utiliser.
  • La France est le pays européen qui en consomme le plus. Elle s’est engagée à réduire « au maximum les excédents azotés ».


🧐 On fait quoi ?

  • Ça paraît logique : arrêter de les utiliser. Les exploitations en agriculture biologique le font déjà. Des scénarios (comme celui-ci du CNRS ou celui-là de l’Iddri) estiment que c’est possible en Europe. Mais ce n’est pas si simple → Les agriculteur·ices doivent être accompagné·es dans cette transition.

  • On peut aussi limiter leur utilisation, en encourageant une « fertilisation raisonnée ». En général, les agriculteurs épandent leur engrais en anticipant les besoins des cultures. Mais la vie ne se passe pas toujours comme prévu 🤷 Répandre une plus juste quantité d’azote leur permettrait d’avoir moins d’impact sur l’environnement ET d’économiser de l’argent (car oui, ces engrais coûtent cher !). Mais là encore, ça ne se fait pas tout seul → Il faut les bons outils pour mieux faire ce calcul.

  • L’Union Européenne prévoit justement de réduire l’utilisation des engrais d’au moins 20% d’ici 2030. « La Politique Agricole Commune pourrait vraiment aider à atteindre cet objectif ! En encourageant par exemple la culture de légumineuses, l’élevage extensif plutôt qu’intensif, ou l’agroécologie », appuie Manon Castagne.

  • Et si les vieilles techniques étaient les meilleures ? « Si on veut diminuer la quantité d’azote minérale, une autre voie est de réintroduire les légumineuses dans les exploitations agricoles », souligne Jérôme Mousset, chef du service Forêt, Alimentation et Bioéconomie à l'ADEME. Ces plantes magiques ont en effet le pouvoir de fixer l’azote de l’air dans le sol 🪄✨

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Une Initiative Citoyenne Européenne demande la fin des pesticides

👀 Sources

Interview de Jérôme Mousset, chef du service Forêt, Alimentation et Bioéconomie à l'ADEME
Interview de Manon Castagne, chargée de campagne Agriculture aux Amis de la Terre
Banque mondiale - The Nitrogen Legacy
Parlement européen - Fertilisers in the EU : Prices, trade and use
UNEP - Drawing Down N2O : To Protect Climate and the Ozone Layer
OMS -
Monde diplomatique - Les engrais azotés, providence devenue poison
Commission européenne - Nitrogen Pollution and the European Environment
Stratégie Nationale Bas Carbone
IEEP - What role for R&I in reducing the dependency on pesticides and fertilising products in the EU agriculture ?

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Pauline Vallée
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