LA BASE 😎 C’est quoi l’amnésie écologique (et ça se soigne) ?

5 min
Pauline Vallée
🤝 En partenariat avec Météo-France
Tu connais la fable de la grenouille ?
  • Oui !
  • J’ai su, mais je me souviens plus
  • Euh non, pourquoi ?

L’amnésie écologique, c’est quoi ?

Amnésie écologique, amnésie environnementale… Ces expressions désignent le même phénomène → d’une génération à l’autre, et parfois même d’une période de vie à l’autre pour un même individu, on s’habitue à une dégradation de l’état du climat et/ou de la biodiversité, au point de considérer ça comme normal.

Côté climat

Ça se traduit par exemple par le fait de trouver banale une température qui était autrefois considérée comme exceptionnelle. « À Paris, entre les années 60 et 90, c’était rare d’atteindre 35°C l’été, explique François Jobard, prévisionniste chez Météo-France. Ça arrivait une fois tous les 5 ans, et c’était LA journée de canicule. Depuis 2009 ça se produit tous les ans. Une personne dans la vingtaine n’a quasiment connu que ça, c’est devenu un été normal pour elle. »

Et toi, comment t’as trouvé l’été 2021 ?
  • Chaud
  • Normal
  • Froid

Ce phénomène a été observé, et même quantifié, par les auteurs d’une étude publiée en 2019 → Il suffirait de 5 ans en moyenne pour que les gens s’habituent à des températures exceptionnelles.

Côté biodiversité

Pareil côté biodiversité : l’amnésie écologique fait qu’on s’habitue à voir moins d’animaux, ou alors des animaux plus petits.

Un article de référence sur le sujet explique ainsi comment, au fil des années, les pêcheurs s’habituent à voir les stocks de poissons se réduire. Lorsqu’une génération commence sa carrière, les stocks ont diminué, mais ce sont les stocks de la génération juste avant eux qui servent de référence 👴🐟🐟🐟 → 👨🐟🐟 → 🧒🐟 → etc…

D’autres exemples : ne plus voir plein d’insectes qui s’écrasent sur un pare-brise de voiture en conduisant à la campagne, s’étonner de voir encore des oiseaux dans les champs, appeler « gros poisson » un spécimen qui mesure moins d’un mètre…


C’est quoi le problème ?

1er problème : Ça encourage l’inaction

Finalement, puisqu’on s’habitue aux températures extrêmes, pourquoi essayer de lutter contre ? L’amnésie écologique pousse à l’inaction (individuelle, politique…), car nous arrêtons de percevoir des événements anormaux… comme anormaux.

Bref, comme le résume Anne-Caroline Prévot, chercheuse au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle : « Si on ne sait même plus ce qu’est une nature en bon état de fonctionnement, comment pourrait-on la protéger ? »

2e problème : On perd nos repères

Et même si on a conscience qu’il y a un problème, l’amnésie écologique ne nous facilite pas la vie. On sait que la situation actuelle n’est pas normale, mais on ne sait pas quel objectif viser, car on n’a jamais connu de situation normale.

« Le "bon état de la biodiversité" de nos grands-parents n’est pas celui de maintenant, et on ne peut pas imaginer comment c’était. On ne pense pas qu’il puisse exister autre chose. »
Anne-Caroline Prévot



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🧐 On fait quoi ?

  • Changer le calcul des « normales » météo

Quand le présentateur ou la présentatrice dit par exemple que la température est « au-dessus des normales de saison », il ou elle fait référence aux « normales » météo qui sont des moyennes statistiques calculées sur une période de 30 ans. L’année dernière la période de référence était encore 1981-2010, mais courant mai, Météo-France va passer à la période 1991-2020. Mais comme la Terre se réchauffe, les normales de température sont plus élevées sur 1991-2020 que 1981-2010. Elles deviennent donc de plus en plus « anormales »... et ne permettent plus de se rendre compte du problème.

  • Changer la manière dont on parle de la météo

C’est peut-être un détail pour toi, mais ça veut dire beaucoup : « C’est dommage de communiquer sur une “belle” météo sèche et ensoleillée, lorsqu’il y aurait besoin de pluie, reconnaît François Jobard. Je préfère donc parler simplement de soleil ou de pluie, plutôt que de “beau temps” ou “mauvais temps”. » Bref, arrêtons de détester la pluie 🙏

  • Renouer le lien avec la nature

Ça passe par la connaissance (savoir reconnaître les plantes, les espèces…) mais aussi une « expérience intime, sensorielle » explique Anne-Caroline Prévot. La chercheuse t’encourage à te remettre en contact avec le vivant, où que tu sois : « prendre le temps de regarder un bosquet de plantes et les insectes qui volent autour, regarder les pigeons se faire la cour en ville… »

  • En parler

Comment c’était, la nature, du temps de tes parents / grands-parents / arrière-grands-parents ? Pose-leur la question !

Qu’est-ce qu’ils t’ont raconté ?

  • Rendre la nature plus présente

Les politiques publiques peuvent aider les gens à se reconnecter à la nature en la rendant plus accessible. Par exemple :

  • Installer des zones de nature un peu partout, surtout en ville, par exemple via les mini-forêts
  • Intégrer la nature dans les décisions, à toutes les échelles (décisions politiques, loisirs, orientation scolaire, alimentation…)
  • Revaloriser le fait de passer du temps dans la nature, en rendant ça cool et intéressant, par exemple en la mettant davantage en avant dans la pop-culture

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Les mauvaises nouvelles sur l’environnement, faut arrêter ?

👀 Sources

PNAS - Rapidly declining remarkability of temperature anomalies may obscure public perception of climate change
Trends in Ecology & Evolution - Anecdotes and the shifting baseline syndrome of fisheries
Interview de François Jobard, prévisionniste chez Météo-France
Interview d’Anne-Caroline Prévot, chercheuse au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle

Pauline Vallée
Voisine de Totoro