• SOLUTION 🚀 Sauver la planète grâce à l’ADN ?

    Par Pauline Vallée

    On parle de quoi ?

    D’un monde où on n’aurait pas à transformer nos habitudes pour préserver l’environnement. Un monde du « et si ». Comme « et si ce steak n’avait pas une empreinte carbone désastreuse ». Ou « et si les forêts absorbaient encore plus de CO2 ».

    Plusieurs projets scientifiques essayent justement de transformer ce « rêve » en réalité. Enfin, en partie. Et pour ça, ils utilisent un élément hyper banal, mais en même temps super important : l’ADN.

    Besoin d’un rappel dessus ?
    • Oui plz 👉👈
    • Non c’est bon je maîtrise 😎

    Et si les vaches étaient plus propres ?

    Les vaches, et les ruminants en général, produisent un gaz à effet de serre pendant leur digestion : le méthane. Ensuite elles le rejettent : en rotant (surtout) et en pétant (un peu).

    La vache digère la cellulose en produisant de l’hydrogène, qui se couple au carbone pour former du méthane.

    En soit, c’est pas un problème. Mais ça le devient quand l’élevage est pratiqué à très grande échelle.

    L’élevage mondial représenterait :
    • 2% des émissions de méthane d’origine humaine
    • 12% des émissions de méthane d’origine humaine
    • 32% des émissions de méthane d’origine humaine

    Chaque vache ne rejette pas la même quantité de méthane que sa voisine 🐮💨💨 > 🐮💨. Sa production perso dépend d’une multitude de facteurs, comme son alimentation, mais aussi son patrimoine génétique*.

    Didier Boichard, chercheur à l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), travaille justement là-dessus dans le projet Methabreed.

    Objectif du programme (à terme) → prédire le potentiel « émetteur de méthane » d’une vache laitière en analysant son ADN.

    Quel intérêt ? Une fois cette relation établie, on pourrait prédire si un bovin est un futur gros ou petit émetteur → sélectionner les individus moins émetteurs → les privilégier au moment de la reproduction.

    Appliquer cette logique pendant 10 ans permettrait de baisser de 7 à 10% la production de méthane par vache et par jour dans un élevage. Mais :

    « Ça demande un investissement pour l’éleveur. Il faut qu’il y trouve un intérêt. Sinon, rien ne le poussera à choisir ce critère plutôt qu’un autre. »
    Didier Boichard


    Et si on pouvait absorber davantage le CO2 ?

    Quelle réaction chimique permet aux plantes de se nourrir ?
    • La naturopathie
    • La photosynthèse
    • La luminothérapie
    La plante capte du CO2 et de l'eau, les transforme en sucre grâce à la lumière du soleil, et libère de l'oxygène.

    Ce processus fait des plantes nos alliés dans la lutte contre le changement climatique. Mais il n’est pas parfait.

    Le projet international RIPE, lancé en 2010 par l’université américaine de l’Illinois, veut modifier génétiquement les plantes pour booster la photosynthèse.

    Avec comme conséquence (entre autres) un meilleur captage du CO2.

    2 techniques pour arriver à ce résultat :
    ❤️ Le croisement traditionnel → Faire se reproduire une plante avec une autre plante.
    ✂️ La technologie CRISPR → Agit comme des mini-ciseaux capables de « découper » et remplacer des bouts précis d’ADN.


    Et si les « nuisibles » disparaissaient ?

    Pour ce dernier exemple, on te présente une nouvelle technologie : le forçage génétique. Grosso modo, c’est une modification génétique qui se transmet plus rapidement que la normale.

    Cette solution intéresse le programme GBIRd (un partenariat d'universités, de gouvernements et d'ONG, géré par l’association Island Conservation).

    Leur constat : environ 90% des îles sont envahies par des rongeurs (introduits par l’Homme), qui menacent la biodiversité locale 🐢🐦

    Après les pièges, la chasse, ou les drones, le forçage génétique serait une alternative pour supprimer ces espèces invasives → en modifiant leur ADN pour les rendre stériles par exemple.


    C’est vraiment une bonne idée ?

    Ces expérimentations basées sur la génétique soulèvent plein de questions.

    • Déjà, il ne faut pas les voir comme une solution miracle. « 85% de la production de méthane des vaches ne s’explique pas par la génétique, rappelle Didier Boichard. Ce n’est qu’une des cordes de la guitare. » L’alimentation des bovins, ou les méthodes d’élevage, influent aussi fortement sur la production totale de méthane.

    • Le forçage génétique est ultra controversé. Il a le potentiel de modifier des populations entières d’êtres vivants. Impossible de prédire comment les écosystèmes vont réagir. Un autre risque est que ces individus génétiquement modifiés développent une forme de résistance, alerte la bioéthicienne Natalie Kofler dans la revue Nature.

    • Manipuler le génome d’un être vivant n’est pas à prendre à la légère. On peut le faire, mais doit-on le faire pour autant ? Est-ce moral de rendre une population stérile, et donc de la supprimer, même si c’est pour la « bonne cause » ?
    Qu’est-ce que tu en penses ?
    • Pourquoi pas, si les effets sont positifs !
    • Ce n’est pas à nous d’en décider.
    • Je ne sais pas trop...


    La loi dans tout ça ?

    • Lors de la COP14 sur la biodiversité, en 2018, l’ONU a demandé aux États d’adopter une « approche de précaution » vis-à-vis du forçage génétique. Les êtres vivants modifiés avec cette méthode ne peuvent pas être dispersés sans l’accord des populations locales.

    Ça n’a pas empêché la Floride d’accepter, en 2021, la libération d’animaux génétiquement modifiés sur son territoire.

    Il s’agissait de :
    • Rats 🐁
    • Moustiques 🦟
    • Crapauds 🐸
    • Et du côté des plantes ? En Europe, les organismes génétiquement modifiés* (OGM) et les produits issus de « nouvelles techniques de sélection »* ne peuvent pas être vendus/disséminés sans autorisation. Mais les nouvelles techniques de sélection intéressent la Commission Européenne. La loi pourrait donc bientôt évoluer 🤔

    ····················



    🔍 Dico

    Espèce invasive : Espèce introduite (volontairement ou accidentellement) par l’Homme, dans un territoire hors de son aire de distribution naturelle, et dont l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes. Les espèces invasives sont l’une des 5 grandes causes d’effondrement de la biodiversité mondiale.

    Patrimoine génétique : Caractéristiques génétiques propres à un individu, dont il a hérité naturellement.

    Organisme Génétiquement Modifié : Organisme dont le patrimoine génétique a été modifié de manière non-naturelle.

    Nouvelles techniques de sélection : Ensemble de techniques qui permettent de modifier l’ADN d’un être vivant de manière ciblée.


    👀 Sources

    INRAE
    UICN
    Nature
    Nature
    CNRS
    Université de l’Illinois
    Genetic Biocontrol
    New York Times
    COP14
    Directive 2001/18/CE
    Pollinis

    Pauline Vallée
    Voisine de Totoro